La ville a été fondée par les Romains, vers le début de notre ère, pour remplacer l'oppidum de Vermand comme capitale des Viromandui : peuple celte belge qui occupait la région. Elle reçut le nom d'Augusta Viromanduorum, l'Auguste des Viromandui, en l'honneur de l'empereur Auguste. Le site correspond à un gué qui permettait de franchir la Somme. Elle est ravagée au IIIe siècle et il est possible que Vermand soit redevenue la capitale locale (cf. son nom qui provient de Veromandis).
Durant le haut Moyen Âge, l'important monastère qui se développe grâce au pèlerinage sur la tombe de Quentin, un romain chrétien venu évangéliser la région et martyrisé à Augusta, donne naissance à un nouvelle agglomération qui porte le nom du célèbre saint.
À partir du IXe siècle, Saint-Quentin est la capitale du comté de Vermandois. Dès le Xe siècle, les comtes de Vermandois (issus de la famille carolingienne, puis capétienne) sont très puissants. La ville se développe rapidement : les bourgeois s'organisent et obtiennent d'Herbert IV de Vermandois, vers 1080[1], une charte communale qui leur garantit une large autonomie.
Au début du XIIIe siècle, Saint-Quentin entre dans le domaine royal. À cette époque, c'est une ville florissante, en raison de son activité textile (ville drapante). C'est aussi une place commerciale dynamisée par sa position à la frontière du royaume de France, entre les foires de Champagne et les villes de Flandre (commerce du vin, notamment) : il s'y tient une importante foire annuelle. Elle bénéficie aussi de sa situation au c½ur d'une riche région agricole (commerce des grains et de la guède).
À partir du XIVe siècle, Saint-Quentin souffre de cette position stratégique : elle subit les guerres franco-anglaises (guerre de Cent Ans). Au XVe siècle, elle est disputée au roi de France par les ducs de Bourgogne : c'est l'une des « villes de la Somme ». Ravagée par la peste à plusieurs reprises, sa population diminue tandis que son économie est mise en difficulté : sa foire perd de l'importance, la production agricole est amoindrie, etc. Son industrie textile en déclin se tourne vers la production de toiles de lin. Parallèlement, elle doit faire face à d'importantes dépenses pour entretenir ses fortications et fournir des contingents armés.
Vue de la ville de Saint-Quentin en 1557. D'après un dessin de la collection Lallemand de Betz. Lithographie publiée en 1896, par E. Lemaire et alii, La guerre de 1557 en Picardie. etc.
Vue de la ville de Saint-Quentin en 1557. D'après un dessin de la collection Lallemand de Betz. Lithographie publiée en 1896, par E. Lemaire et alii, La guerre de 1557 en Picardie. etc.
Entre la fin du XVe siècle et jusqu'au milieu du XVIIe siècle, cette position stratégique est source de terribles malheurs. En 1557, un siège héroïque face aux Espagnols se termine par le pillage de la ville et sa désertion durant deux ans. Rendue à la France en 1559, elle connaît une activité de fortification intense: l'enceinte médiévale est protégée de nombreux ouvrages fortifiés, remaniés à plusieurs reprises. Deux quartiers sont rasés pour leur faire place. Au milieu du XVIIe siècle, la ville échappe aux sièges, mais subit les affres des guerres qui ravagent la Picardie, accompagnées de la peste (celle de 1636 emporta trois mille habitants, sur peut-être dix mille) et de la famine.
Dans la seconde moitié du XVIIe siècle, les conquêtes de Louis XIV l'éloignent de la frontière et elle perd beaucoup de son rôle stratégique. À la fin du XVIe siècle, sa production textile se spécialise dans les toiles fines de lin (linon et batiste). Elle retrouve sa prospérité, notamment au XVIIIe siècle, où ces toiles sont exportées dans toute l'Europe et aux Amériques.
Sous l'Empire, les difficultés d'exportation engendrent une récession économique. À la demande de la municipalité, Napoléon autorise l'arasement des fortifications, pour permettre à la ville de se développer hors de ses anciennes limites. En 1814-1815, Saint-Quentin est occupée par les Russes, sans dommage.
Vue de Saint-Quentin, avant les destructions de la Première Guerre mondialeLa rue d'Isle et la Place du 8 Octobre étaient alors desservis par un important réseau de tramways
Vue de Saint-Quentin, avant les destructions de la Première Guerre mondiale
La rue d'Isle et la Place du 8 Octobre étaient alors desservis par un important réseau de tramways
Au XIXe siècle, elle connaît un grand développement en devenant une ville industrielle prospère, grâce à des entrepreneurs sans cesse à l'affut des nouveautés techniques. Les productions sont diversifiées, mais la construction mécanique et surtout le textile l'emportent : les « articles de Saint-Quentin » sont alors bien connus.
En 1870, lors de la guerre franco-prussienne, la population repousse l'envahisseur le 8 octobre, mais la ville tombe lors de la deuxième offensive; néanmoins, cette action désespérée mais héroïque eut un retentissement national: Saint-Quentin fut décorée de la légion d'honneur.
La Première Guerre mondiale lui porte un coup terrible. Dès septembre 1914, elle subit une dure occupation. A partir de 1916, elle se trouve au c½ur de la zone de combat, car les Allemands l'ont intégrée dans la ligne Hindenburg. Après l'évacuation de la population en mars, la ville est systématiquement pillée et tout l'équipement industriel emporté ou détruit. Les combats finissent de la ruiner : 80 % des immeubles (dont la Basilique) sont endommagés.
Malgré le soutien national, la reconstruction est longue et la ville peine à retrouver le dynamisme antérieur à 1914. Les chiffres de la population sont explicites : le niveau des 55 000 habitants atteint en 1911, n'est retrouvé qu'au milieu des années 1950, dans le contexte favorable des "Trente Glorieuses". Le développement de la ville a repris, fondé sur la tradition industrielle textile et mécanique. Cette prospérité se poursuit jusqu'au milieu des années 1970, période où l'industrie textile française commence à souffrir de la concurrence des pays en voie de développement.